UNLIMITED
BLUES TIME (UB TIME)
"Du blues rauque, brûlant et enivrant
comme du tord boyau de contrebande…"
En 1977, après une période de
flottement au sein du groupe de bal Flash, Jacques le Guellec
veut refaire la musique qu'il aime. Il n'a pas d'objectif en tête
mais cherche seulement au départ à se faire plaisir. Michel Mazuret
et Patrick Péron sont de nouveau de la partie ainsi que Louis
Blenven à guitare. La grande nouveauté vient de la section de
cuivres, désormais présente à plein temps : Bernard Le Dreau au
sax, Alain Jacq à la trompette et Pierre Goasguen, ancien trombone
de Johnny, ayant joué pour tout le show-biz (il revient à Brest
après une sévère dispute avec Michel Sardou… ). Alors que le Time
pratiquait un blues fortement inspiré par les blancs (Eric Clapton,
John Mayall, Peter Green..), ce sont désormais les noirs américains
qui sont les influences majeures, Jacques puisant directement
à la source. Les trois King (Albert, BB, Freddy), Muddy Waters,
Howling Wolf…sont repris sur scène et Jacques s'en inspire pour
composer. Un concert est organisé à l'auditorium en 1978, juste
comme ça. Le groupe n'a même pas de nom. La salle est pleine à
craquer et leur fait un triomphe.
Le
choix d'Unlimited Blues Time comme patronyme est une façon
de rendre un dernier hommage à Claude Joassin. Yves Budot intègre
le groupe à la fin de l'année 1979 comme deuxième guitariste. Les
concerts sont de plus en plus nombreux et les mènent de plus en
plus loin. C'est la formation de rythm'n'blues la plus efficace
de l'hexagone: une voix éraillée et puissante, des musiciens accomplis
qui prennent un vrai plaisir à jouer, des compositions efficaces
signées par Jacques Le Guellec, tout cela leur donne une notoriété
qui se confirme à chaque concert. En chaque occasion, UB Time fait
l'unanimité. La réputation du groupe commence à s'étendre.
En
1980, ils participent à l'enregistrement de l'album de Nino Ferrer
Carmancita, puis en 1981, une tournée de quinze jours en
Algérie est organisé dans le cadre d'un échange culturel. Ils se
retrouvent à jouer dans des salles remplies de presque autant de
policiers (avec la matraque qui démange) que de public (et celui-ci
était au rendez-vous..). Ils rentrent à Brest avec le goût amer
de la dictature militaire. A l'affiche du festival Elexir à Plomodiern
pendant l'été, ils participent à l'organisation de la première Nuit
Du Blues à Brest. Le 31 octobre, La Blue Night acceuille le Chicago
Blues Festival, Otis Rush et UB Time au parc de la Penfeld. Malgré
ces réussites, il leur faut sortir des limites de la Bretagne pour
pouvoir conquérir d'autres publics et pour cela, la réalisation
d'un album semble être la seule issue.
Enregistré en avril 1981 par Jean-Pierre
Boyer au studio DB de Rennes, le disque bénéficie d'une production
efficace. Pierre Ploguin (trompette) et René Morizur (sax baryton),
des "requins" ayant joué eux aussi avec Johnny et consors,
viennent renforcer la section de cuivre. Luther Allison, de passage
à Rennes pour un concert est invité à passer au studio d'enregistrement.
Il accepte avec plaisir de jouer un solo sur le titre Don't let
it fall. Tous les morceaux sont signés par Jacques Le Guellec
en dehors d'une reprise de Bill Withers. Le disque est coproduit
par DB et distribué sur Paris Album, maison de disque spécialisée
dans le blues qui organise une seule opération promotionnelle :
une semaine de concerts au Forum des Halles à Paris avec Jean-Jacques
Milteau et l'anglais Max Goaltand. Malgré le très bon accueil du
public parisien, le manque de soutien réservé au disque ne permet
d'en vendre que quelques milliers, principalement sur les concerts.
Le potentiel d'un tel disque était pourtant important de par la
qualité des titres proposés, de la cohésion du groupe et du renouveau
blues en France à l'époque (Bill Deraime, Paul Personne, Little
Bob..).
En octobre 1982 a lieu la deuxième "Blues
Night" avec BB King, Melvin taylor et Eddy Shaw (accompagnés par
UB Time sur leur tournée française), et Zachary Richard. Malgré
le prestige d'une telle affiche, le festival n'est pas un franc
succès du point de vue des entrées et il n'y a pas de troisième
édition.
Les
Enfants Du Rock, de passage à Brest en février 1983, s'intéressent
évidemment au cas d'UB Time qui est filmé en concert et interviewé.
La même année, un autre concert filmé est diffusé un samedi après-midi
sur TF1 : 45 minutes de live, impensable aujourd'hui ! Il faut dire
que le groupe tourne beaucoup. Sa notoriété lui permet d'ouvrir
pour de nombreux bluesmen américains aussi prestigieux que Buddy
Guy, BB King, Muddy Waters, Junior Wells, James Brown, Carla Bley,
Johnny Winter, Luther Allison…ainsi que de réaliser Real Life
du fameux Screamin' Jay Hawkins. UB Time accompagne même Eddie Shaw
et Melvin Taylor pour leur tournée française. Il faut attendre 1985
pour la sortie du deuxième album. Enregistré entre mai et juin par
Joël Eon à Lannilis , Love Bullet In My Soul ne dispose que
d'un petit budget et malgré des qualités indéniables, le disque
s'avère moins bon que le précédent. Dédé Grall (Nicolas
Cruel, Mr Jean) et l'anglais Nobby Clark (sax, flûte) participent
aux sessions et deviennent membres permanents. Kevin et Olga Wright
arrangent les textes. La poisse poursuit UB Time qui signe avec
Pluriel, petite maison de disque Normande qui ne fait aucune promotion.
Le groupe veut alors récupérer ses droits et l'affaire s'arrête
aux marches du tribunal.
En
1986, Claude Deborde monte une maison de production à Rennes
et prend des contrats avec un certain nombre d'artistes comme Dan
Ar Bras, Gérard Delahaye, Hervé Le Nogré ou Mélaine Favennec. Jacques
Le Guellec est lui aussi recruté au sein de la Claude Deborde Production
Edition sous le pseudonyme de Jack E. Parker (E. pour Elvis). Un
45 tours, en français, est enregistré par Jean-Pierre Boyer aux
prestigieux (et hors de prix) studios Off The Track à Paris. Michel
Santangelli et Patrick Péron y participent. La Cigale est louée
pour la sortie presse, mais la CDPE coule avant la sortie du disque.
Jacques n'a que le temps de faire un passage radio chez Viller à
France Inter. Claude Deborde réussi malgré tout à sortir sur le
marché un live au nom de Jack E. Parker, mais c'est en fait le concert
d'adieu d'UB Time, enregistré sur un deux pistes salle Cerdan le
28 novembre 1987. Il est réédité depuis sous le nom d'UB Time Un
P'tit Blues Pour La Route. Le groupe, pourtant au fait de sa
popularité, est miné par la lassitude et la gestion difficile d'une
équipe aussi importante (plus de douze personnes en tout).
Jacques le Guellec
monte alors de petites formations, plus légères, avec des musiciens
de blues de la région comme Dan Ar Bras (Good Rockin' Dadies, Et
V'la Le Travail), DD Grall (Jack Rantaplou, Manish Bo), ou Kevin
Wright (Walking Blues, Good Old Boys, ou Phonograph Blues) qui jouent
beaucoup dans des cafés concerts un peu partout en France et même
en Espagne pour les Manish Boys. Jacques ou Kevin assurent une moyenne
de 120 à 160 concerts par an.
Le
10 août 1991, UB Time se reforme exceptionnellement après cinq années
d'absence, pour un concert aux Hespérides. Kevin Wright (guitare),
Pikey Butler (chœurs) Nobby Clarck (sax) et Frédéric Burgazzi (trombone)
intègrent la nouvelle formation, qui reste une attraction recherchée,
tant pour le professionnalisme des musiciens que le bonheur de les
retrouver sur scène. Quelques mois plus tard, ils jouent en compagnie
de Luther Allison pour une soirée salle Surcouf organisée par le
CCM. En 1995, les meilleurs titres des trois albums sont réunis
sur la compilation Back Of Life et la même année sort un
nouvel album Love Dealer sur lequel on retrouve l'esprit
qui a animé le groupe durant toutes ces années.
En novembre 1999, le groupe fête ses 30 ans de carrière devant
la salle archi comble du Vauban, composée exclusivement de fidèles.
Il poursuit aujourd'hui l'aventure sporadiquement, au gré des
possibilités, et un nouveau disque est actuellement en préparation.
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