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40 ans de Rock à Brest
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Extraite du livre d'Olivier Polard, "40 ans de Rock à Brest", à paraître en 2005, voici l'histoire tumultueuse du rock à Brest, dans tous ses états et tous ses courants, de 1950 à 1990. Une histoire de formations mythiques et de splits légendaires, de blousons en cuir, de grattes électriques, de concerts épiques, de sueur, de larmes et de boots pointues. En exclu et en avant première, Pas de Scandale vous offre les biographie des groupes qui ont marqué nos jeunesses, celles de nos grands frêres (et soeurs), et celles de nos parents, voire, de nos jeunes grands-parents.
Le début de l'histoire, les salles de balloche, les concerts avec sièges qui volent, Vince Taylor au Mac Orlan, les grattes fabriquées avec des cables de bicyclettes, c'est à venir, dans le livre! Infos sur http://www.lablanche.net


Devil's Delight
Nicolas Cruel
UB Time
UV Jets
Hot Bugs
Gods
Haddock Gibbons
Blue Shades



NICOLAS CRUEL

"Chemises hawaïennes, skaï noir et polyamide violet ne suffisent pas à décrire ce groupe plein d'énergie qui attira vite les trois quart de la salle grâce à un chanteur au jeu hystérique, à d'excellents musiciens et à un rock particulièrement solide." Rock Hebdo juin 1978.

En 1977, tous les éléments sont là pour donner un véritable groupe de rock à Brest. Mais il faut remonter au début des années soixante-dix pour comprendre la portée d'une formation comme Nicolas Cruel.
Vers 1972, Vert est l'un des premiers groupes de folk-rock de la région. Formé de DD Grall, Gilles Dinner et Philippe Podeur, ils utilisent le circuit des cabarets pour pouvoir jouer et non celui des bals. Pratiquant une musique travaillée, sans batterie, basée sur des harmonies vocales et des chorus de guitares, Vert reprend les standards de Bob Dylan, Crosby, Stills & Nash…

En juin 1976, l'Eléphant Rose apparaît plus électrique, jouant avec un minimum de moyens dans des petites strucutres (bars, MJC..), un répertoire composé essentiellement de rock et de blues ( JJ Cale, Brownie Mac Ghee, Tom Petty..). On retrouve DD Grall, entouré cette fois de Chris Georgelin et François Daniel. Parallèlement, tous trois font également parti de Kerrango Express en 1975, le groupe de Gérard Ducos. Ils rencontrent , cette même année, Yves Andréo, plus connu sous le diminutif d'Iffic. Jeune étudiant en anglais de 21 ans, il impressionne par sa maturité vocale et sa manière bien à lui d'appréhender la scène. On peut le comparer sans exagérer à une sorte d'Iggy Pop français. Il se fait appeler Felix Baghera et adore la viande pour chat.

L'Eléphant Rose décide de se rebaptiser "Nicolas Cruel" en octobre 1977, lorsque Ronan Cudenec est engagé comme batteur. C'est vers le rock sous haute énergie que le groupe veut désormais aller. Jean Moul complète l'équipe en devenant manager. Le groupe travaille dans son local de Logona-Daoulas, au rythme effréné de cinq répétitions par semaine, et ce pendant deux ans (sans compter les concerts). Il veulent réussir quelque chose que personne n'a vraiment tenté ici : créer sa propre musique et donner le maximum, tout le temps. Jean-louis Colleter devient le clavier du groupe qui améliore considérablement son envergure et devient rapidement la meilleure formation que Brest ait connu.

Nicolas Cruel est à la fois le groupe le plus mythique et le plus oublié du rock brestois, car aucun 45 tours ou album n'est venu témoigner de cette formidable expérience réunissant une partie des meilleurs musiciens locaux des années soixante-dix.

Les concerts permettent de voir un groupe en devenir, formidablement bien soudé derrière Iffic, qui donne l'image d'une panthère passant son temps entortillé autour du pied de micro. Le public est assailli par des vagues successives d'énergie brute, d'un tempo sec et précis, et du jeu hystérique du chanteur. Le répertoire du début est surtout composé de reprises (Mink De Ville, Graham Parker) mais très vite des compositions apparaissent. Tous les textes sont écris par Iffic: "J'ai commencé à écrire en anglais que je préfère de beaucoup…mais le public se sent beaucoup plus concerné par un groupe qui chante en français…..A la rigueur, les textes, j'en ai rien à foutre. Ce qui m'intéresse, c'est de chanter, pas de dire quelque chose. Ca se passe à un niveau organique, pas intellectuel. Quand je chante, pour moi, ce n'est pas une langue mais des mots qui swinguent." Felix Baghera, Rock Hebdo, juin78.

Jean Moul décide de faire tourner les Damned à Brest, uniquement pour faire passer Nicolas Cruel en première partie. C'est donc au printemps 1978 qu'a lieu ce concert mythique, salle Cerdan. Captain Sensible passe tout le concert à se cracher dessus et les Damned finissent par lâcher des bombes lacrymogènes dans le public, faisant fuir tout le monde à vitesse grand V. Ne parlons pas du café-restaurant Le Paris, place Sanquer, qui eut l'immense privilège de recevoir les deux groupes à leur table. Les tenanciers ont failli tirer à vu sur tous les punks qui se présentaient par la suite devant eux… Cependant, pour Nicolas Cruel, le bilan est plus que positif.


C'est dans la même optique qu'est organisée la venue de Téléphone à l'Auditorium. Ces derniers sont sidérés de la prestation du groupe et proposent à Nicolas Cruel d'ouvrir à plusieurs reprises pour eux. Le management de Téléphone leur trouve des dates et des adresses. Leur musique atteint un niveau et une intensité incroyable sur scène. Ils jouent partout où c'est possible malgré le manque cruel de moyens dont ils disposent, allant même jusqu'à tourner dans les dépôts de l'armée, entourés sur scène par les flics maritimes.

Michel Appriou prend en charge les photos du groupe ainsi que la sonorisation. Jean Moul, avec Charpy et Dumoné, organise un mini-festival salle Cerdan avec les groupes français les plus intéressants de l'époque : Bijou, Trans Europe Express, Ganafoul, Bracos Band et bien sûr Nicolas Cruel. Le groupe commence à être connu en dehors de la région. En 1979, une tournée les menant de Toulouse à Paris permet d'asseoir encore plus leur réputation.

Ils sont en pleine ascension et l'idée d'un album se précise rapidement. Mais, en mai 1979, Iffic prend tout le monde de court en quittant précipitamment la fin d'une tournée en région parisienne. A Béthencourt, il laisse un mot d'excuses et rentre à Brest, laissant le groupe assurer sans lui une date le soir même. François Daniel assure le chant au pied levé (ils sont bien obligés car ils n'ont plus un sou pour mettre de l'essence dans le fourgon). Iffic n'a sans doute pas supporté les pressions diverses et est retourné à ses études. Il quitte Brest pour Cambridge jusqu'en 1982.
Il conseille aux autres d'engager Nicolas Rastoul.

Celui-ci a fondé deux ans auparavant l'un des premiers groupes punk brestois, les Bannis. Un son très brut et direct, influencé par les Damned et Bijou. La musique des Bannis est spontanée, mélodique et en français. Le groupe se sépare lorsque Nicolas va remplacer Iffic.
Mais quelque chose est cassé. Après quelques semaines de répétitions et une première de Au Bonheur Des Dames à Rennes, Dédé Grall et Jean Moul partent former Mr jean. Chris Georgelin et Ronan Cudenec s'en vont eux aussi, lassés par les galères. A partir de là, c'est donc une formation bien différente à tous points de vue, qui garde néanmoins le nom de Nicolas Cruel. Cela entraîne d'ailleurs certaines critiques. La musique évolue avec la mode, les années quatre-vingt et la new-wave arrivant à grand pas. Seul François Daniel reste à son poste et le groupe engage Jacques Pellen (guitare) et Michel Durr (batterie). La musique évolue très vite, mais reste d'un très bon niveau.

Pour leur passage au festival de la chanson à Rennes en décembre 1979, la presse parle d'un " rock serré à faire chavirer les cœurs tendres ". On est donc bien loin des frasques d'Iffic. Un peu comme si les Stooges s'étaient transformés en Roxy Music. En 1980, un 45 tour autoproduit est réalisé : " Interpol / Elle Rêve D'Elle " . Leur rock laisse place à des influences new-wave qui se confirment de plus en plus. La voix de Nicolas, grave et chaleureuse, lui permet de jouer parfaitement dans le registre crooner. Il reconnaît ses maîtres en David Bowie et Brian Ferry. Une longue mèche châtain lui cache les yeux. Mais le groupe est instable et se dissout. François Daniel devient un bassiste recherché sur la scène rennaise et joue avec Ubik, Octobre puis sur deux albums d'Etienne Daho. Aujourd'hui, il a repris les rênes du studio DB rebaptisé Siam (et oui, comme la rue). Jacques Pellen s'éloigne du rock et devient l'un des meilleurs guitaristes de jazz français.

Nicolas déménage lui aussi à Rennes dans le courant de l'année. Il remonte rapidement Nicolas Cruel avec de nouveaux musiciens. Désormais, le groupe s'assimile à la scène rennaise. Le son des années quatre-vingt prend une part prépondérante avec l'arrivée de Marc Balzer au sax, Thierry Boulay et Christian Jeanne à la basse-batterie. Le groupe joue beaucoup dans les bars et les MJC et commence à faire parler de lui. A l'été 82, une tournée de plusieurs dates est organisée au Portugal et un deuxième 45 tours est enregistré à leur retour : " Annie Clic Clac / Un Minimum D'information ", qui marche bien. Un clip est même tourné avec des moyens conséquents. Par rapport à la scène française de l'époque, Nicolas Cruel n'a pas à pâlir et se place parmi les groupes les plus intéressants. Ils passent aux Transmusicales en décembre 1982.

Mais Nicolas revient à Brest et monte " Mauvaise Rencontre " avec Patrice Manier (chant / guitare) et Claude Gorophal (Complot Bronswick, future Splassh) au clavier. Le groupe repart rapidement sur Rennes mais se dissout après quelques concerts. Nicolas Rastoul vit aujourd'hui en Indonésie.

Ps : le premier 45 tours du groupe est tellement introuvable que je désespère de le trouver. Quelqu'un peut-il m'aider ?

 
©
2003 Olivier Polard