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40 ans de Rock à Brest
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Extraite du livre d'Olivier Polard, "40 ans de Rock à Brest", à paraître en 2005, voici l'histoire tumultueuse du rock à Brest, dans tous ses états et tous ses courants, de 1950 à 1990. Une histoire de formations mythiques et de splits légendaires, de blousons en cuir, de grattes électriques, de concerts épiques, de sueur, de larmes et de boots pointues. En exclu et en avant première, Pas de Scandale vous offre les biographie des groupes qui ont marqué nos jeunesses, celles de nos grands frêres (et soeurs), et celles de nos parents, voire, de nos jeunes grands-parents.
Le début de l'histoire, les salles de balloche, les concerts avec sièges qui volent, Vince Taylor au Mac Orlan, les grattes fabriquées avec des cables de bicyclettes, c'est à venir, dans le livre! Infos sur http://www.lablanche.net


Devil's Delight
Nicolas Cruel
UB Time
UV Jets
Hot Bugs
Gods
Haddock Gibbons
Blue Shades




LES BLUE SHADES
" Les gardiens du Temple "

Le groupe se forme en février 1964 autour de Gérard Breut (guitare / chant) ex Daners, Michel Pillot (basse), jacques Huet (Batterie / chant) et Joël Cabon (guitare). Ils reprennent exclusivement des standards du rock'n'roll (d'Eddie Cochran à Chuck Berry). Contrairement à d'autres formations comme Eddie Dan et les Daners au sein desquels Gérard a joué en 1961, ils veulent se couper des adaptations françaises et aller à la source. Le répertoire ne se compose que de titres en anglais, excepté " Fais Attention ", de Ronnie Bird. Issus du milieu ouvrier, ils n'ont que peu de moyens et les premiers salaires permettent d'acheter le minimum, c'est à dire un ampli pour tout le groupe. Ils jouent surtout dans des patronages ou des tremplins comme le Grand Festival des Jeunes salle St Louis en 1965. C'est cette même année qu'ils participent à la création du Rockin' Fan Club avec Alain et Christian Le Roux. La petite salle mise à leur disposition par la mairie leur permet de jouer régulièrement devant un petit public de connaisseurs, ainsi que d'accompagner à plusieurs reprises François, le très compétent chanteur des Jerrys.

Ils répètent dans un local à Kerbonne, prêté par la paroisse et y enregistrent sur le magnétophone du curé. Ils font presser un vingtaine de disques, pour leurs amis du Rockin' Fan Club.
A la fin de l'année, ils doivent partir faire leur service militaire et passent les 16 mois qui suivent à répéter et à perfectionner leur répertoire.

Joël Cabon est remplacé par Bernard Hélies en juillet 1966. C'est après le 31 décembre 1967 que les choses décollent. Enfin libérés de leurs obligations militaires, ils commencent à prospecter en vue de concerts. Ils passent une audition chez Charlot, patron du Prado. Grâce à leur premier cachet, achètent une sono à crédit. La conjoncture leur permet désormais de pouvoir trouver des salles où il est possible de ne jouer que du rock. Ils tournent de plus en plus régulièrement et passent l'année 1968 à animer les salles de la région, se déplaçant à quatre avec le matériel dans une vieille 203. Ils jouent une cinquantaine de titres qu'ils n'hésitent pas étirer pour gagner un peu de temps. Comme ils travaillent tous, ils refusent systématiquement les bals du dimanche soir. Ils se démarquent des autres formations par un mode de vie plus stable, et surtout leur intégrité.


Lorsqu'ils passent à la Redoute, Charles Muzy n'hésite pas à parler d'eux comme "Le groupe français qui lance un défi aux formations anglaises". C'est bien sur exagéré, mais ils font effectivement mouche grâce à leurs bonnes qualités techniques et vocales. Leur son s'améliore et se rapproche des originaux. Le 15 mai 1968, ils participent au deuxième Grand Festival Rock and Blues à la Redoute avec le Cratère, les Gods, Lee-Archibal, les Kingstones…

Ils jouent désormais dans tout le grand ouest, jusqu'en Vendée, le nombre de bals culminant dans les périodes estivales. En janvier 1969, ils ouvrent pour Eddy Mitchell et Les Enfants Terribles, puis en avril, pour le jazzman Lou Benett. On peut les comparer à une sorte de Flamin Groovies brestois, leurs reprises, et les quelques compositions proposées, allant dans le sens de la tradition d'un rock brut et carré. Le choix de la guitare Gretsch pour Gérard renforce ce parallèle.

 

Les années soixante-dix marquent un ralentissement des concerts. Bernard Hélies quitte la région et Jacques Huet rejoint le groupe de bal rétro Jack Ezam. Les Blues Shades sont donc dissous en mai 1971. Début 1973, ils se reforment avec le retour du batteur et l'arrivée Jean-Luc Duputz, un organiste qui ne reste que six mois. Ils recrutent alors Jean-Claude comme deuxième guitariste et tournent surtout dans de petits clubs ou des boîtes de nuit. Leur répertoire se réduit considérablement puisqu'ils ne jouent plus qu'une heure à la place de quatre comme en 1969. Leur jeu gagne en puissance, mais en 1974, ils décident de se séparer, autant par lassitude que pour raisons familiales.

Leur disparition marque la fin d'une époque, celle des bals rock, des publics survoltés, acceptant de vibrer sans retenu devant des groupes locaux, pourvu qu'ils soient crédibles. Si ils ont tenus plus longtemps que les autres, c'est parce qu'ils étaient déjà en décalage par rapport à leur temps, ne se laissant pas influencer par les modes changeantes. Pendant dix ans, ils firent uniquement la musique qu'ils aimaient et c'est ce qui les rendait si attachants.

 

 
©
2004 Olivier Polard