LES
BLUE SHADES
" Les gardiens du Temple "
Le groupe se forme en février 1964 autour
de Gérard Breut (guitare / chant) ex Daners, Michel Pillot (basse),
jacques Huet (Batterie / chant) et Joël Cabon (guitare). Ils reprennent
exclusivement des standards du rock'n'roll (d'Eddie Cochran à
Chuck Berry). Contrairement à d'autres formations comme Eddie
Dan et les Daners au sein desquels Gérard a joué en 1961, ils
veulent se couper des adaptations françaises et aller à la source.
Le répertoire ne se compose que de titres en anglais, excepté
" Fais Attention ", de Ronnie Bird. Issus du milieu ouvrier, ils
n'ont que peu de moyens et les premiers salaires permettent d'acheter
le minimum, c'est à dire un ampli pour tout le groupe. Ils jouent
surtout dans des patronages ou des tremplins comme le Grand Festival
des Jeunes salle St Louis en 1965. C'est cette même année qu'ils
participent à la création du Rockin' Fan Club avec Alain et Christian
Le Roux. La petite salle mise à leur disposition par la mairie
leur permet de jouer régulièrement devant un petit public de connaisseurs,
ainsi que d'accompagner à plusieurs reprises François, le très
compétent chanteur des Jerrys.
Ils
répètent dans un local à Kerbonne, prêté par la paroisse et y
enregistrent sur le magnétophone du curé. Ils font presser un
vingtaine de disques, pour leurs amis du Rockin' Fan Club.
A la fin de l'année, ils doivent partir faire leur service militaire
et passent les 16 mois qui suivent à répéter et à perfectionner
leur répertoire.
Joël Cabon est remplacé par Bernard Hélies en juillet 1966. C'est
après le 31 décembre 1967 que les choses décollent. Enfin libérés
de leurs obligations militaires, ils commencent à prospecter en
vue de concerts. Ils passent une audition chez Charlot, patron
du Prado. Grâce à leur premier cachet, achètent une sono à crédit.
La conjoncture leur permet désormais de pouvoir trouver des salles
où il est possible de ne jouer que du rock. Ils tournent de plus
en plus régulièrement et passent l'année 1968 à animer les salles
de la région, se déplaçant à quatre avec le matériel dans une
vieille 203. Ils jouent une cinquantaine de titres qu'ils n'hésitent
pas étirer pour gagner un peu de temps. Comme ils travaillent
tous, ils refusent systématiquement les bals du dimanche soir.
Ils se démarquent des autres formations par un mode de vie plus
stable, et surtout leur intégrité.

Lorsqu'ils passent à la Redoute, Charles Muzy n'hésite pas à parler
d'eux comme "Le groupe français qui lance un défi aux formations
anglaises". C'est bien sur exagéré, mais ils font effectivement
mouche grâce à leurs bonnes qualités techniques et vocales. Leur
son s'améliore et se rapproche des originaux. Le 15 mai 1968,
ils participent au deuxième Grand Festival Rock and Blues à la
Redoute avec le Cratère, les Gods, Lee-Archibal, les Kingstones…
Ils jouent désormais dans tout le grand ouest, jusqu'en Vendée,
le nombre de bals culminant dans les périodes estivales. En janvier
1969, ils ouvrent pour Eddy Mitchell et Les Enfants Terribles,
puis en avril, pour le jazzman Lou Benett. On peut les comparer
à une sorte de Flamin Groovies brestois, leurs reprises, et les
quelques compositions proposées, allant dans le sens de la tradition
d'un rock brut et carré. Le choix de la guitare Gretsch pour Gérard
renforce ce parallèle.
Les
années soixante-dix marquent un ralentissement des concerts. Bernard
Hélies quitte la région et Jacques Huet rejoint le groupe de bal
rétro Jack Ezam. Les Blues Shades sont donc dissous en mai 1971.
Début 1973, ils se reforment avec le retour du batteur et l'arrivée
Jean-Luc Duputz, un organiste qui ne reste que six mois. Ils recrutent
alors Jean-Claude comme deuxième guitariste et tournent surtout
dans de petits clubs ou des boîtes de nuit. Leur répertoire se
réduit considérablement puisqu'ils ne jouent plus qu'une heure
à la place de quatre comme en 1969. Leur jeu gagne en puissance,
mais en 1974, ils décident de se séparer, autant par lassitude
que pour raisons familiales.
Leur disparition marque la fin d'une époque, celle des bals rock,
des publics survoltés, acceptant de vibrer sans retenu devant
des groupes locaux, pourvu qu'ils soient crédibles. Si ils ont
tenus plus longtemps que les autres, c'est parce qu'ils étaient
déjà en décalage par rapport à leur temps, ne se laissant pas
influencer par les modes changeantes. Pendant dix ans, ils firent
uniquement la musique qu'ils aimaient et c'est ce qui les rendait
si attachants.