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Vacances de Juin
Vacances d'été03
Vacances d'automne 03

Deux mois d'affilée que le groupuscule d'activisme culturel crypto-hédoniste "Pas de Scandale" me maintient dans une cellule peu éclairée et mal ventilée. De plus, ils m'obligent à écrire… Qu'ils se rassurent, je ne livrerai pas leurs noms.
Heureusement, la lumière venue, j'ai entrevu la possibilité d'un renversement radical de la pensée, grâce aux Filles de la Pluie, troupe de jeunes (et moins jeunes) gens énervés. Mise en scène par Lionel Jaffrès, leur Mère (d'après Bertolt Brecht) est vigoureuse, de la vigueur d'une pensée politique vivante, maladroite, tragique, rigide, interprétée avec cœur par des personnalités en parfaite adéquation physique avec leur personnage, tel Sébastien Durand in-carnation drôle et juste de son rôle. Bientôt en tournée dans le monde…


Au Stella toujours, quelques jours auparavant, Glen Kerfriden proposait une adaptation non moins politique, du Querelle de Brest de Genêt, offrant aux sens un objet théâtral trouble, laissant à entendre un texte très touffu, dit par la rugueuse Peggy Thomas. Sensuelle et violente, dans la peau de Querelle, marin tout de priapisme et de fureur. C'est pas la joie en ce moment : au Stella, noir c'est noir.


Un Prozac et hop ! On va s'amuser au Ciné Cabaret Vauban grâce aux joyeux drilles de la Cinémathèque de Bretagne qui nous proposent un 52 minutes sur les baraques de Brest et leurs habitants, Baraques Blues, réalisé par Brigitte Chevet et également diffusé sur France 3 récemment… No fun croyez-vous ? Et ben si, c'était super il paraît, tout le monde était dans la même galère, à égalité, pas de différences de classe, rien que du bonheur, ouais ! Malheureusement, c'était tellement bien que certains ont trahi pour s'installer au centre ville dans des vrais appartements. Bourgeois ! Malgré des témoignages un peu redondants, ce film réussit à parler également de la ville aujourd'hui, journal intime et collectif de trente ans de vie.



L'art pour l'art n'a pas la côte, tout fait sens : le généreux Fourneau nous en donne la preuve coup sur coup avec des bonheurs différents, comme la très réussie Revue Il est déjà trop tard et le plus poussif Harcèlement Textuel de Générik Vapeur, ces deux spectacles mettant le nez en plein dans l'information, le médiatique, la pensée par l'absurde... Le Cabaret Philosophique de la " Revue… " de Fred Toush, Laurent Petit et Arnaud Aymard a mis le paquet, au moyen de débats vaseux, verbeux et hilarants. A quand nos trois Pivot poivrots en café philo à Dialogues...)? Pour une idée de la soirée, cliquer ici. A l'inverse, la lourdeur technique du procédé de Générik Vapeur (semi-remorques, nombreux figurants…) consistant à travailler sur le texte dans l'espace public en le détournant, s'il n'était pas dénué de poésie, gênait une partie de la compréhension de leur performance.


Dès que j'ai rendu son dû à Arpèges, indispensable outil de recherche discographique de la rue Neptune, je conseille ardemment l'emprunt du disque de Moondog, compositeur (allemand, décédé l'an dernier) aux confins du contemporain et du médiéval, produisant dans In Europe un son immémorial (écouter à ce propos les cloches tintinnabuler sur Viking 1) qui immanquablement provoque la rêverie solitaire… Dans un style très nettement différent, les Radar Brothers tricotent des mélodies célestes et bienfaisantes sur R.B. and the surrounding mountains (se payer Rock of the Lake, Sisters et Uncles à la suite, toutes fenêtres ouvertes, le soleil dorant la couenne, est une expérience que je vous souhaite, mes frères, mes sœurs). Amen.


Tant qu'à faire, restons dans le domaine du spirituel avec Costes et son caca virginal. Des déçus du Benco aux adeptes du vrai vomi, " qui dit qu'il ne se passe rien à Brest ?". Amer.



Dans le genre introspectif, le film du mois s'impose : Adaptation, deuxième film de Spike Jonze, victime d'une descente en règle de la critique, incitait à voir le film à reculons. Las! L'erreur est humaine et l'œuvre, basée sur un scénario de Charlie Kaufman contant l'histoire de Charlie Kaufman écrivant un scénario dans lequel il se retrouverait écrivant son scénario, est traitée d'une manière très moderne qui m'a complètement concerné. La fin, trop foutoir, gâche un peu le reste proche de la perfection… Merde, on tourne en rond, merde on tourne en rond, merde on tourne en rond!


Ne ratez pas une occasion de prendre l'apéro en découvrant ou approfondissant l'art contemporain : l'extrêmement clair et pédagogique (et calme) Galaad Prigent nous en apprend de belles sur les artistes-plasticiens lors de ses mensuels Apéro-Image. Ceux-ci font des livres… d'artistes, sans qu'on puisse vraiment les confondre avec… des livres, comme l'ouvrage décrivant page après page les destructions d'œuvres par leurs créateurs et qui est lui-même voué à la destruction, car sans couverture et donc fragilisé… C'est passionnant et simple, rendez-vous le 14 avril prochain sur le thème du numérique, à 18h00 à la salle " La Remise " de la MJC de l'Harteloire.


Pendant ce temps, et jusqu'au 26 avril, le Centre Atlantique de la Photographie offre au regard les quelques paysages mongols de Sophie Zénon : une vue panoramique a particulièrement retenu ma brumeuse attention, celle d'immeubles observés d'une fenêtre aux bords indéfinis, d'un noir puissant. Dans la salle du fond, là où les œuvres sont les plus spatiales.


Zina, Zohra, Fatima… Yamina en récréation… Il n'y a pour l'instant qu'une pièce au Centre d'Art Passerelle, réalisée par Samta Benyahia, mais une pièce vraiment porteuse de sens. " Les images ont été trouvées dans le livre " La lecture liée au langage " de l'Education Nationale de l'époque coloniale. Selon l'instruction publique de l'époque au service de la liberté de l'égalité et de la fraternité, Zina, Mina, Zohra…, à travers les illustrations du livre de lecture, ne vont pas échapper aux corvées ménagères à la sortie de l'école, pendant qu'Omar va jouer au ballon avec ses camarades. " (S. Benyahia). Accompagnant son travail, une vidéo de 40 minutes explique la démarche de l'artiste depuis 10 ans. Indispensable. Et court.


Nourri au pain sec et à l'eau, les forces me manquent pour évoquer le concert efficace de Mickey 3D, les peintures mythiques de Tristan Bastit (ancien élève de Goetz), les glaciales photographies de Sangatte prises par Jacqueline Salmon ou le doux concert de Marcio Farraco… En plus, le maton a la tronche de Bush. Laissez-moi sortir !

  Monsieur Hublot
9 avril 2003