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Oui,
il y a bien une salle à Brest qui se permet de diffuser des bijoux
de films devant un parterre de… trois personnes. Et des exemples
pareils, on peut en piocher chaque semaine (jour ?). Qui sait combien
de temps le cinéma Mac Orlan tiendra à ce régime : en tous cas,
on peut toujours y aller, profitons-en. Récemment, tout un chacun
pouvait y voir Unknown Pleasures, dernier film d'une
trilogie sur la Chine contemporaine réalisée par Jia Zhangke, cinéaste
de 35 ans. Plaisirs Inconnus montre un pays et sa jeunesse
sans afféteries, ni style alambiqué, tournant ainsi le dos à une
bonne partie du cinéma asiatique récent. Sa seule concession à la
tendance est l'utilisation du DV: "cela m'a permis d'avoir un accès
plus aisé aux lieux, personne ne faisant attention au fait que je
tournais; le digital permet de capter l'instant, mais aussi de construire
quelque chose d'abstrait…". Une masseuse de pieds timide, un motocycliste
suant pour grimper les quelques mètres d'un talus, une autoroute
gigantesque mais inachevée, des terrains vagues à n'en plus finir,
deux jeunes types qui s'emmerdent comme ça n'est pas permis…
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Des points communs entre Plaisirs Inconnus et le documentaire diffusé
au Vauban lors d'un ciné-cabaret consacré à la reconstruction en France
et ses conséquences sociales dans la banlieue parisienne, il y en a beaucoup:
Naissance d'une banlieue, mort d'un village, de Sidney Jézéquel
traite de l'histoire récente de Goussainville, au Nord de Paris, "entre
ville et campagne, champs et béton". Ce documentaire, plus clair et instructif
que des milliers d'heures de journaux télévisés, devrait être montré dans
les écoles, comme dirait l'autre… Goussainville, précurseur et modèle d'une
Chine nouvelle?
Dans un monde troublé
et sans repères, l'Ecosse a encore son mot à dire, et nul doute que de là-bas,
ce sont les Delgados qui crient le plus fort : leur passage au Vauban
(encore?) a donné lieu à un concert pop d'une fraîcheur rare, un vrai groupe
de jeunes gens qui boivent, crachent et s'en foutent (enfin, ils en ont
l'air…). Alors bien sûr, on a vu une formation brouillonne et approximative,
mais la sincérité l'emporte haut la main, qui est armée de sa guitare champêtre,
sa moissonneuse-batterie et ses (grosses) cordes en crin: le quidam situé
à moins de deux mètres de la scène se souviendra peut-être de cette bande
d'amis qui ont livré leurs chansons simples à un public en manque de sensations…
Malentendu.
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Pour ces derniers, je conseillerai le travail d'Ewen Prigent, jeune
artiste du cru qui a mis en place une exposition exemplaire le mois dernier
à la M.P.T. de l'Harteloire, "Le temps d'une image". Enfin du neuf dans
le paysage pictural brestois, une série de peintures accompagnées de 5
séquences vidéos: " elles se basent sur des photographies à usage publicitaire,
documentaire ou illustratif. Ces images n'ont pas de véritables autonomies,
ni de valeurs esthétiques ou artistiques… elles apparaissent et disparaissent
dans notre champ visuel, laissant place à de nouvelles images formellement
équivalentes… ". Autant le dire, au risque de passer pour un émotif, les
peintures, en dehors de tout dispositif, m'ont touché, quand bien même
elles n'auraient pas l'autonomie pré-citée.
Sinon, pour en
finir, ça s'est aussi passé à Brest, mais chez moi et dans mon poste,
un dimanche soir: Péché Mortel (Leave Her to Heaven,
1945), de John M. Stahl, a dû réjouir les heureux qui sont tombés dessus
par hasard. Ce mélodrame noir fait partie de ces œuvres si intenses et
limpides qu'elles vous convaincraient presque que, décidément, "c'était
mieux avant…". Presque. Faut pas exagérer quand même.
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Monsieur
Hublot
3 mars 2003 |
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